Chroniques de l'Aikido Bressan

Benoit uchi deshi de l'Aikido Bressan


Benoit


Sujet de cette chronique aïkido

Si la théorie ne pose jamais de problème aux pratiquants d'aïkido quel qu’ils soient, en pratique on trouve tout et son contraire...

Certains prétendent une chose et agissent diamétralement à l'opposé sans même souvent s'en rendre compte.

Les membres d'une "fédération" de plus "sportive" par exemple prétendront pratiquer "l'aïkido traditionnel", sont-ils

  1. des menteurs ?
  2. des escrocs ?
  3. des ignorants ? ?

mais peut on ignorer à ce point ce qu'on pratique? Alors que c'est pourtant une évidence même pour un non pratiquant.

Les uchis deshis du dojo à force de le constater ont décidés d'apporter leur éclairage.

  • Un maître un dojo: de la théorie à la pratique
  • Bugeï, Budo, Bushido,
  • Voie Martiale
  • Pourquoi dans un dojo n'y a-t-il pas de gens qui critiquent...

Un maitre des "Uchis deshis" et des "sotos deshis":

Deshi aikido

  • Un "uchi-deshi" peut vivre dans le dojo de son maitre où il s'entraîne, à la maison de l'enseignant, ou dans des logements séparés.
  • Il sert le sensei tous les jours, tous les jours...
  • Les tâches peuvent comprendre en plus de celles directement liées à la pratique des travaux de nettoyage, de secrétariat etc.

Deshi aikido

Contrairement aux "uchi-deshi", les étudiants qui vivent à l'extérieur (soto) sont appelés "soto-deshi"

Deshi aikido
Dans les temps modernes, le rôle est également dénommé ""tsukibito" "

"Un Maître un dojo"

De la théorie à la pratique

Deshi aikido Rappel:
"Un maître un dojo" une notion sans laquelle l'aïkido traditionnel n'existe pas est souvent mal compris, voir ignoré, d'où l'étude de cas pratiques locaux ci-dessous. "Nous sommes 4 dojos EPA dans telle région. Est-ce une bonne idée de faire des cours en s'invitant mutuellement (le prof d'un dojo vient faire cours chez nous et vient avec ses élèves et quelques temps plus tard, on inverse, etc.) pour dynamiser un peu les dojos de la région ?"

Comme à tant d'autres, répondre à cette question passe par un simple rappel des principes et des repères qui balisent et encadrent le fonctionnement de l’aïkido traditionnel. Surtout, elle nécessite d'illustrer la théorie (déjà sujet d'une abondante littérature et d'innombrables ressources), d'exemples concrets et pratiques. Cette question en soulève en fait plusieurs.

1. En premier lieu, les professeurs de ces dojos ont-ils le même maître ?

« Un maître, un dojo ». « Un professeur ne s'adresse qu'à ses élèves » . La théorie. C’est ainsi qu’un maître respecte le travail d’autres professeurs, et le choix de leurs élèves. Ne pas le faire, c’est faire preuve d’une arrogance incompatible avec la pratique et la finalité de l’aïkido ; c’est se poser en supérieur des professeurs d’élèves qui ne sont pas les siens. En d’autres termes, exactement comme de dire à ces élèves : « votre prof n’a rien compris, je vais vous expliquer ce qu’est vraiment l’aïkido ». Un maître ne s’adresse aux élèves d’un autre professeur que sur l’invitation de ce dernier, parce qu’il a été sollicité, invité à transmettre son enseignement dans un autre dojo.

En pratique. Un professeur de dojo est lui-même élève d'un maître (il est uchi ou soto deshi), et suit donc l'enseignement particulier de ce maître. Parce qu'il a acquis suffisamment d'autonomie, il est lui-même capable de prendre en charge un dojo, dans lequel il transmettra cet enseignement particulier, tout en développant sa propre sensibilité, sa propre conception, sa propre expression de la discipline.
C'est cet enseignement que sont venus chercher ses élèves. Si les professeurs des dojos voisins n'ont pas le même maître, ils ne suivent donc pas -et ne transmette pas à leurs propres élèves- le même enseignement. Dans ce cas, la réponse est simple : ils n'ont pas raison de travailler ensemble, parce qu'alors, chacun « polluerait » l'enseignement qu'il propose à ses élèves d'un enseignement différent.
Les professeurs de dojo qui choisissent de rejoindre epa-ista ne le font pas pour intégrer une fédération où l'on prônerait un enseignement unique, mais au contraire pour avoir la possibilité de proposer leur enseignement propre, unique, personnel, auprès des élèves qui les ont choisis.

Ainsi, solliciter directement l’élève d’un autre professeur sera compris au minimum comme le signe d’une totale méconnaissance des repères de l’enseignement traditionnel, au mieux comme une marque d’impolitesse, au pire de mépris.
Le pratiquant traditionnel ainsi approché répondra simplement à ce « maître » qu’il ne l’a pas choisi, n’a pas sollicité ses « compétences », et l’invitera à s’adresser à son propre professeur.
Celui-ci pourra diplomatiquement inviter le professeur fautif à plus de retenu, ou plus directement à venir prouver le bien-fondé de son arrogance sur le tapis.

Si les professeurs de dojo voisins ont tous le même maître, ont-ils forcément des raisons de travailler ensemble ?

2. Ont-ils des affinités ?

Nous étudions et pratiquons l'aïkido. C'est notre point commun. Pour autant, ce point commun est-il suffisant pour que nous entendions ; ce point commun implique-t-il forcément que nous ayons la même sensibilité, la même vision des choses, la même conception de la discipline, les mêmes attentes et les mêmes « ambitions ».
Nous savons tous, d'expérience, que ce n'est pas le cas.
Pourquoi devrait-il en être autrement, parce que nous parlons d'aïkido, que concernant n'importe quelle autre activité ?
Les soto deshi d'un même maître n'échappent pas à cette réalité. Si ils ne s'apprécient pas et n'ont aucune affinité, ils n'ont donc aucune raison de faire « comme ci » vis à vis de leurs élèves respectifs, en leur proposant de suivre le cours de quelqu'un dont ils ne partagent pas forcément les conceptions.

3. Qui est le Sempaï et qui est le Kohaï ?

« Fonctionnement traditionnel ». L'expression est connue de tous ; tout au moins en théorie. .
Elle signifie que ceux qui y adhérent choisissent de respecter les principes et les repères de la pratique et de l'enseignement traditionnels. Encore une fois, que signifie-t-elle concrètement ?

Parmi ces repères, ceux qui codifient et balisent les relations entre pratiquants. Chaque élève à une place dans le dojo de son maître.

Cette place est le résultat de son ancienneté (en d'autres termes, du chemin qu'il a déjà parcouru -ou est censé avoir déjà parcouru- sur la voie), mais aussi, et surtout, de son comportement : de ce qu'il fait, de la cohérence et de la rigueur de sa pratique, de sa connaissance de sa discipline et de ses repères. Le plus ancien, le Sempaï, à des prérogatives, mais surtout des devoirs. Le plus jeune, le Kohaï, est par définition moins expérimenté ;

il respecte donc le sempaï qui l'aide à progresser en mettant à sa disposition son expérience et ses connaissances.

Traditionnellement, cette place se symbolise par le salut : le kohaï va au-devant de son sempaï pour le saluer, s'incline en premier et se relève en dernier.
Et dans la pratique : le sempaï va au-devant d'un kohaï pour l'inviter à pratiquer et non le contraire.
Mais le cérémonial n'est que le symbole, pas la finalité. Le but est de rappeler en permanence -parce que l'expérience montre que « l'oubli » est aussi rapide qu'incessant - que cette place implique beaucoup plus de devoirs que de droits et de prérogatives.
Quand un sempaï invite un kohaï à faire un cours à ses élèves, en début de cours, le kohaï va saluer le kamiza, son sempaï, puis les élèves ; il fera de même en fin de cours.
Le kohaï n'invite pas son sempaï comme aïte, pour montrer une technique, mais choisira un de ses kohaï.

Ce sont des symboles. Rien de plus. L'objectif lui, est beaucoup plus important : il est indispensable que chacun sache quelle est sa place. En cas de problème, qui est responsable ?

Si le professeur qui donne cours a un doute, a-t-il un sempaï auprès de qui s'adresser pour avoir précision ou explication ?

Si celui qui fait le cours corrige un élève de son sempaï, comment peut être compris ce geste : le kohaï corrige t’il l’élève, ou à travers lui, son professeur, qui n’est autre que son sempaï ?

Une fois de plus, les repères, en particulier symboliques, ne sont en aucun cas une finalité, mais remplissent une fonction précise et importante : rappeler à chacun quelle est sa place exacte , et par là, le placer dans les meilleures dispositions pour progresser.

Le kohaï qui anime un cours dans le dojo d'un sempaï ne vient pas pour y prodiguer l'infinie grandeur de son savoir ; c'est au contraire une occasion supplémentaire qui lui est donnée d'apprendre et de progresser.

« Oublier » ces repères équivaut à dire que tout le monde, ne serait-ce que le temps d’un cours, est à égalité, a une pratique, une expérience et des compétences équivalentes.

Exactement l’inverse de ce qu’apprend la pratique de l’aïkido, qui montre que chacun est différent, tant dans sa pratique que dans ses motivations.

"La nature des êtres étant diverse, leur goûts ne sont pas les mêmes. Même entre hommes, il y a des différences, ce qui plaît aux uns ne plaisant pas aux autres.
Aussi les anciens sages ne supposaient-ils pas à tous les hommes la même capacité, et n’employaient-ils pas n’importe qui pour n’importe quoi.
Ils classaient les hommes d’après leurs œuvres, et les traitaient selon leurs résultats.
Cette juste appréciation des individus, est condition de tout succès."

sagesse orientale.

 

 

 




Ainsi, est-il possible d’organiser des cours « tournants » à quatre dojos ? Si les professeurs de chacun de ces dojos connaissent et acceptent leur place, sont capables de s’en remettre au sempaï pour éclairer un point technique, clarifier une question théorique,… Si chacun est capable de respecter les repères qui font le fonctionnement de l’aïkido traditionnel.

Si chacun est capable de comprendre cette initiative non comme une occasion de briller auprès d’un public plus nombreux mais au contraire de se confronter à d’autres pratiquants, et donc de nouvelles difficultés, une occasion d’apprendre et donc de progresser,… Si chacun est en mesure d’accepter un regard qui peut être critique sur ses propres élèves, et donc sur son enseignement, non comme une démarche malveillante mais au contraire honnête et sincère,… alors, oui, il est possible d’organiser ce type d’initiative ;

chacun se rendra compte aisément qu’il existe de nombreux risques de dérapages, et donc d’arriver à un résultat exactement inverse à celui espéré.

Il n’est donc pas possible de répondre à cette question dans l’absolu : la réponse est intimement liée à chaque cas particulier et appartient donc aux professeurs concernés : ce qui peut très bien fonctionner quelque part, peut s’avérer irréalisable quelques dizaines de kilomètres plus loin.

Enfin, quand toutes les conditions sont remplies, il convient de se poser une question qui n'est pas spécifique à l'aïkido.

4. Est-ce que la solution préconisée est la meilleure pour obtenir les résultats visés ?

Le but est de « dynamiser » les dojos de la région ». Que les professeurs respectifs des dojos s'invitent mutuellement peut être une très bonne solution, non seulement pour permettre à leurs élèves de rencontrer d'autres pratiquants, mais aussi pour organiser une action de promotion. Encore convient-il d'en peser le pour et le contre avant d'initier ce type d'action.

Lister les avantages et les inconvénients d'une « opération », qu'il s'agisse de promotion ou de pratique, n'est en aucun cas superflu.

" - Nous n'avons pas à attendre notre dîner de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger mais du souci de leur propre intérêt.

- Seul le mendiant choisit de dépendre de la charité de ses concitoyens"
J. Neyrinck

Bugeï, Budo, Bushido,

Les repères de l'Aïkido

L'expression française « art martial » n'apparaît que dans les années 30, pour désigner les techniques de combat du Japon. Littéralement, l'expression désigne une discipline utilisée pour le combat, à utilité militaire. Mais elle recouvre une signification bien plus étendue, considérant les dimensions spirituelle et philosophique de la pratique et de l'enseignement des arts martiaux « modernes », qui les distingue radicalement des sports martiaux et de combat.

L'origine des arts martiaux est l'objet d'une multitude de versions, de légendes et de mythes, très souvent sans aucune base historique véritable.

Déterminer ces origines s'avère particulièrement hasardeux, du fait des évolutions constantes que ces disciplines ont connues, mais surtout des influences aussi nombreuses que diverses qui ont abouties à la forme que l'on en connait aujourd'hui.

Il ne s'agit ici que de rappeler les repères et les principes fondamentaux qui font l'essence, la cohérence et la pertinence de la pratique contemporaine des arts martiaux. Ce sont ces repères historiques, qui permettent de se garder des innombrables fantasmes et visions fantaisistes qui entourent les arts martiaux, les samouraïs et les maîtres japonais, les koryus, et plus que tout le Bushido... 

Les mythes sont nombreux, et en déformant nos perceptions et notre compréhension, ils vont à l'opposé du besoin de connaissance et de compréhension.

1er mythe : les arts martiaux asiatiques, conception unique et sans équivalent

D'abord, démystifier tant les origines que les desseins. Les unes comme les autres n'ont rien de propre à l'Orient de l'époque médiévale, et trouve un parallèle quasiment parfait dans l'Europe de la même époque.
C'est la première illusion dans laquelle il est important d'éviter de tomber : la conception des arts martiaux asiatiques est spécifique, mais pas unique ; elle ne diffère en rien de ce que les confrontations humaines ont sécrétées partout et de tout temps : chaque affrontement donne lieu au perfectionnement des techniques de combat, au « raffinement » de tactiques et stratégies militaires.
Les vainqueurs peaufinent et améliorent leurs savoir-faire, quand les vaincus -survivants- analysent leur défaite pour corriger leurs erreurs en vue de la prochaine confrontation.

Les états-nations tels que nous les connaissons aujourd'hui n'existent pas plus dans l'Asie médiévale que dans l'Europe de la même époque. Fiefs et royaumes se livrent d'incessantes et perpétuelles guerres. En Orient comme en Occident, les paysans, la plupart du temps enrôlés de force, ne sont pas plus motivés qu'entraînés, et encore moins aguerris.

La permanence des combats encourage la sophistication des équipements militaires, des réflexions tactiques et stratégiques, et le perfectionnement des techniques de combat.

La guerre se professionnalise ; les combattants deviennent guerriers, puis soldats. De participation ponctuelle et subie, elle devient occupation permanente, métier, et donne lieu à l'émergence d'une classe, parfois d'une caste, qui occupe peu à peu une place spécifique, et souvent privilégiée, dans la société.

En Europe, cette évolution se concrétise par l'émergence de la chevalerie ; au Japon, elle trouve son apogée avec le Shogunat et l'avènement des Bushi (Bu : techniques martiales, Shi : personne, famille). Le Japon est secoué par les conflits entre seigneurs et les affrontements entre prétendants au trône impérial.
À la fin du 12ème siècle, les Bushi prennent le pouvoir. Le Bafuku (gouvernement militaire) s’apparente à une dictature à la tête de laquelle règne le Shogun.

La proximité des Bushis avec l'aristocratie et la noblesse impériale (Kuge), les assimile à une caste supérieure.

Mais le bushi, est avant toute autre chose un homme d'arme, un guerrier. Plus habitué aux casernements qu'aux palais et aux fastes de la noblesse, il n'est que très rarement cultivé, généralement peu instruit, souvent illettré.

Les Bushi subissent le mépris de l’aristocratie, auprès desquels ils apparaissent rustres et brutaux ; avec le Bafuku, à la noblesse de cour s’ajoute désormais une noblesse militaire (Buke). Au service d'un seigneur, Daimyo, parfois du Shogun, le Bushi s'inscrit dans une hiérarchie strictement militaire. Les plus riches des Bushis deviennent Daimyos.

2ème mythe : une quête d’absolu à l’origine des arts martiaux

À l'origine, les arts martiaux n'ont d'autre utilité et de vocation que la guerre. Il n'est alors aucunement question de démarche philosophique ou spirituelle, encore moins de quête ou d'amélioration de soi, mais uniquement de techniques, d'arts de combat (bugeï : bu, techniques martiales, de combat ; geï, art).

L'unique motivation de la pratique des armes est strictement réaliste et pragmatique : survivre, vaincre.

Très exactement comme c'est le cas partout ailleurs sur la planète, où les hommes s'affrontent pour des terres, des richesses, une technologie, une femme, ou même simplement par orgueil, parce qu'ils imaginent ainsi réparer une offense. Sous l'impulsion d'un illustre fondateur, chaque clan, chaque famille, améliore et perfectionne ces techniques, donnent naissance à des styles, des écoles (Ryu).

Même si il en est fait mention bien auparavant (« saburaïs », de « saburau », se tenir à côté, garder, servir), les Samouraïs n'occupent en fait une place prédominante dans la société japonaise médiévale qu'à l’ère Edo (ancien nom de Tokyo), du 17ème au 19ème siècle. Cette période de pacification rend superflu l’équipement et l’entretien d’armées nombreuses et couteuses.

À une nécessité strictement guerrière et combative, succède un besoin de maintien de l'ordre établi. Aux Bushis succèdent les Samouraïs.

Ils délaissent l’armure pour le kimono, mais gardent le Dai-sho (les deux sabres) comme symbole de leur autorité et de leur appartenance à une « caste » guerrière. Ils continuent de guerroyer, à l'occasion d'affrontements entre seigneurs, mais leur vocation est désormais plus « policière » que militaire.

Touchant une pension régulière en paiement de leurs services, plutôt qu'une part des butins de campagnes militaires, les Samouraïs deviennent « fonctionnaires », au service d'un seigneur (Daimyo) ou à celui du Shogun (Hatamoto). Le Samouraï sans maître et sans allégeance est un rônin (ailleurs, on parle de reître, mercenaire, despérado, aventurier,...).

Il est intéressant de noter qu’alors que cette position était souvent synonyme de honte et de déshonneur, aujourd'hui, plus d’un siècle après leur disparition, les samouraïs les plus révérés s'avèrent avoir été rônins (les 47 rônins, dont la vengeance de leur maître puis le suicide rituel a inspiré pièces, films, livres,… ;

Musashi Miyamoto considéré comme le plus grand escrimeur de l’histoire du Japon et auteur du traité des cinq roues ; Sokô Yamaga, qui codifia le Bushidô).

3ème mythe : le Samouraï, guerrier cultivé et raffiné

Initialement, le samouraï n'a rien de l'image chevaleresque de combattant raffiné et cultivé que lui prête la légende. À l'origine, son instruction se limite presque exclusivement à la pratique des armes.
Martin-pécheur sur une branche par Musashi

La Voie de l’arc et du cheval, la Voie du sabre. La Voie Martiale s’entend alors au sens propre du terme, tournée vers le combat et la guerre. Mais parce que dans le Japon de l’ère Edo comme ailleurs, il est imprudent de laisser les hommes d’armes oisifs, d'autant plus quand ils se réfèrent à un glorieux passé de conquêtes, les premières compilations des écrits et des réflexions d’illustres maîtres et bushis dessinent une nouvelle conception de la Voie.

Ce qui deviendra le Bushidô (« la voie du guerrier ») offre aux samouraïs une aura spirituelle et même mystique, permet de redéfinir leur rôle et leur but, mais surtout de leur trouver une nouvelle raison d’être. La Voie Martiale devient une démarche qui touche à tous les aspects de la vie.

La pratique des Bugeï reste au centre de la démarche, mais ils ne sont plus une finalité, et les samouraïs commencent à s’intéresser aux arts (calligraphie, poésie, peinture,...).

Les Budo sont à l'origine de la conception moderne de la pratique des arts martiaux.
Pour finir, il est important de démonter un mythe qui fait du samouraï, à la fin du 19ème siècle, un être révéré de ses concitoyens.

Malgré l’évolution de la conception des budo, le réel intérêt que nombre d’entre eux ont portés à l’exercice des arts, et la sincérité de leur quête spirituelle, les « arrogants samouraïs » sont alors plus craints pour les abus dont ils font preuve dans l’exercice de leur fonction que pour leur probité.

Si ils sont entrés dans la légende et sont l’objet de tant de « vénération », du fait de leur qualités guerrières, de la profondeur de leur engagement, de leur insouciance face aux coups du sort, l’histoire garde aussi de nombreuses traces de bassesses et de félonies, de corruptions et de cruautés gratuites. Quand en 1876, il leur est interdit de porter leurs sabres, puis que leur caste disparaît en 1878, nombreux, dans la population, s’en félicitent. Là encore, il ne s’agit pas d’une situation unique, on trouvera sans difficultés des circonstances analogues en d’autres lieux et en d’autres temps.

4ème mythe : l'Aïkido uniquement démarche philosophique et spirituelle

Un art martial est ainsi, avant tout autre chose, un style, une technique de combat. Que l’apprentissage et la maîtrise de ces techniques ne soient aujourd’hui qu’un « outil de travail », elles n’en sont pas moins le principe fondateur de la pratique.

L'aspect martial et combatif est un repère historique essentiel et incontournable de la pratique des budo. On ne peut appréhender, pratiquer et encore moins assimiler un art martial, en méconnaissant, en occultant ou en déformant ce repère.

Depuis les origines, l'évolution des arts martiaux est permanente, parfois radicale. D'une pratique à visée strictement combattive et militaire, jeune et masculine, les arts martiaux « contemporains » sont devenus recherche spirituelle autant que technique de combat, ouvert à toutes et à tous.

L’Aïkido s’inscrit parfaitement dans la continuité de ces évolutions.

Elève de Sokaku Takeda, Soke de la Daitô Ryu Jujutsu (mais aussi d’autres maîtres de Koryus), Morihei Ueshiba est d’abord un maître reconnu pour sa compétence et sa parfaite maîtrise des enseignements des anciennes Koryus, avant de développer sa propre conception du budô, qui elle aussi évolue : Daitô Ryu aiki ju jutsu, Aikijujutsu, Kobu Budo, Aïkibudo puis Aïkido.

Dans sa forme, son expression, c’est sans conteste un art guerrier, par l’apprentissage et la pratique de techniques redoutablement efficaces et potentiellement destructrices.

Dans sa finalité, c’est un art de paix, une recherche philosophique et spirituelle qui vise à l’amélioration de soi et à l’établissement de rapport pacifiques et de concorde, par la maîtrise de ces mêmes techniques, faisant de l’adversaire un partenaire.

Comme dans tous les domaines des arts et de l'artisanat, cette finalité ne doit pas occulter la valeur et l'importance de « l'outil » : sans maîtrise de ses outils, le boucher massacre une pièce de viande de qualité ; seule la maîtrise du geste autorise le sculpteur à faire naître une œuvre d'art d'un bloc de marbre, le peintre à exprimer une vision unique et sublime d'un sujet anodin,...

Prétendre atteindre, ou même simplement approcher la finalité des budo, sans maîtrise de l'outil que sont les techniques de combat, est au mieux un leurre, au pire une escroquerie.

Repère de la pratique de l'Aïkido

Quand l'étude de techniques de combat, de tactiques et stratégies militaires, s'accompagne de réflexions et de méditations spirituelles et philosophiques, le métier des armes devient art martial.

Évolution des Bugeï (bu : techniques martiales, de combat ; geï : art), les Budo (do : voie, cheminement), s'inscrivent dans une démarche globale qui engage la totalité de l'individu, dans chaque instant de sa vie : la Voie Martiale.

« La voie engage la totalité de l'être »,  Miyamoto Musashi. La pratique des arts martiaux devient alors art de vivre,

synonyme d'un engagement sans faille et sans limite, qui ne se circonscrit pas aux portes des salles d'armes, des dojos, mais touche à tous les aspects de la vie du pratiquant.

Do

En tout premier lieu, il convient, là encore, de démystifier une conception tout autant d’une extrême rigueur et d’une grande finesse, pleine de nuances, qui au cours du 20ème siècle a donné lieu à tous les fantasmes.

Le premier de ces fantasmes, sans doute le plus tenace, présente le Bushidô (« voie du guerrier »), comme le code moral, ou le guide du Samouraï.

D’abord, le Bushidô n’est pas à proprement parler un code ; c’est plus une sorte de guide général qu’un véritable règlement ; sa transmission était d'abord orale, et les formes écrites en étaient soit des compilations, soit les réflexions originales de maîtres renommés.

Il est le produit de concepts et de doctrines d’origines et d’influences multiples : religion Shintô, Confucianisme, réflexions de grands maîtres et d’illustres Bushis et Samouraïs, usages des populations rurales du Japon médiéval, Zen, Bouddhisme, …

Plusieurs siècles de pratiques guerrières et de réflexions philosophiques, spirituelles et parfois même métaphysiques se mêlent dans le Bushidô « moderne ».

« Moderne » parce qu’il est opportun de rappeler que la conception et la perception contemporaine du Bushidô (en particulier en occident) sont directement liées à l’ouvrage « Bushidô, Soul of Japan » de Inazô Nitobe, qui n’était pas samouraï, mais docteur en agronomie et en droit. Paru au tout début du 20ème siècle, la diffusion et la promotion de ce livre tient à des considérations politiques bien plus qu’historiques.

Les sources de la Voie Martiale observée par les bushis puis les samouraïs sont infiniment plus ancrées dans la réalité guerrière :
La Voie de l’arc et du Cheval, puis la Voie du Sabre.

Divers écrits d'illustres maîtres exposent des conceptions et des styles combatifs, y mêlent réflexions philosophiques et spirituelles, expriment ou exaltent les principes et les valeurs qui étaient celles de l'époque, dans un contexte politique et culturel particulier :

  • Le Budô Shoshin Shû, Shingetsuke Taira (Daidôji Yûzan), début du 18ème
  • Le Buke Shohatto, qui codifie les comportements de la classe de la noblesse militaire (Buke) et de la noblesse traditionnelle impériale (Kuge), début du 17ème
  • Le Koyo Gunkan, Kôsaka Danjô Nobumasa ou Obaka Kagenori, début du 17ème
  • Le Gorin no Sho, Miyamoto Musashi, première moitié du 17ème
  • Le Hagakure, Yamamoto Tsunetoma, début du 18ème

La mort est alors au cœur de la Voie :

C’est tout autant logique que pragmatique, dans un contexte d’affrontements permanents. Tout en protégeant la vie par toute la maîtrise de son art, et sans la mettre inutilement en danger, le Bushi doit être prêt à mourir à chaque instant ; simplement parce que c'est une possible -voir prévisible- conséquence inhérente à sa vocation : la guerre.

L'ère Edo (17ème au 19ème siècle), période de relative accalmie où les combats se circonscrivent à des affrontements entre Damyos (seigneurs), marque un tournant dans la conception des arts martiaux.

Sans pour autant perdre son caractère combattif, la pratique martiale évolue, sa finalité change. La seule fonction combattante des guerriers est moins prégnante. Avec le Bushido, la Voie Martiale donne une nouvelle raison d’être aux Samouraïs, et d’une certaine manière, légitimité et bien-fondé de leur position.

L'origine de la conception de la Voie Martiale telle qu'on l'entend aujourd'hui se trouve donc dans une période de paix (quoique relative) ; la maîtrise parfaite des armes et des techniques de combat reste au centre de la démarche et des préoccupations des Samouraïs (« toute bataille engagée doit être gagnée.

Koyo Gunkan), mais n'est plus un but, encore moins une finalité. Elle s'accompagne de la pratique des arts (calligraphie, peinture, poésie,...), de la méditation et de réflexions philosophiques et spirituelles.

Les techniques guerrières restent l’objet d’une étude constante et pragmatique, mais commencent à être perçues comme un support de réflexion, un moyen d'accéder à un niveau « supérieur » d'humanité, de compréhension et de clairvoyance.

La Voie Martiale représente un cheminement vers un idéal, un absolu, poursuivi avec la certitude de ne jamais l'atteindre. .

Sans terme, conclusion et encore moins apothéose, elle offre l'idée d'une amélioration constante, et même illimitée. C’est cette idée qui est au centre de la pratique contemporaine des arts martiaux.

Enfin, pour tenter de percevoir tout ce que recouvre cette notion de Voie Martiale, il indispensable de comprendre que cette conception n'est pas l'apanage des arts martiaux.

Au Japon, cette préoccupation et cette démarche se retrouve dans les domaines les plus variés, qui comme dans les arts martiaux, comptent différents styles ou écoles, et maîtres renommés : de la forge des sabres à la préparation et au service du thé, de la poterie à l'élaboration et la présentation de sushi, de la calligraphie à la maîtrise des arts des Geishas,...

« AIKI n'est pas l'art de la bataille avec l'ennemi ; ce n'est pas une technique de destruction de l'adversaire, c'est la voie de l'harmonisation du monde qui fait de l'humanité une seule Maison.»

O sensei Morihei Ueshiba fondateur de l'aïkido.

Aujourd'hui, le contexte et les conditions dans lesquelles les pratiquants s'engagent sur la Voie Martiale ne sont pas comparables à celles du Japon médiéval, ni même de celui du début du 20ème siècle.

Pourtant les principes qui commandent et guident la démarche n'ont pas changés :
Un engagement malhonnête ne peut mener le pratiquant qu'à se duper lui-même ; il n'y a donc de place pour aucune tricherie, mensonge, ni faux semblant. En conséquence,

la Voie Martiale est un chemin difficile , mais aussi dangereux, en ce qu'elle demande une implication d’autant plus authentique de la part du pratiquant qu’elle n’engage que lui-même, et suppose humilité, introspection et une honnêteté sans faille vis à vis de soi-même.

L'engagement du pratiquant ne peut être ni évalué, ni jugé.

Chacun choisi, selon ses aptitudes, ses motivations et sa propre volonté, les contraintes auxquelles il s'astreint, l'idéal auquel il prétend. D'une extrême rigueur, la voie ne peut pourtant se concevoir comme un carcan aliénant ou un asservissement.

Direction, indication, éclairage, elle est au contraire synonyme de liberté : elle ne peut être imposée, l'individu qui s'y engage ne peut y être soumis contre sa volonté ; sa finalité est la progression du pratiquant, son émancipation des contingences et des dogmes.

La démarche qui guide le pratiquant d’Aïkido est très précisément celle de la Voie Martiale. La pratique de l'Aïkido ne mène à aucun titre, coupe, médaille, ou quelconque autre forme de reconnaissance.

Celui qui choisit de s'engager sur cette Voie le fait sans pouvoir en attendre d'autres avantages que son propre bien-être, sa propre amélioration, et ce en regard de ses seuls critères.

Il ne peut espérer en retirer d'autres privilèges que sa propre satisfaction, sa propre sérénité, son seul contentement.

Au cœur de cette démarche, un souci permanent de cohérence et de sincérité. Sans cohérence, il ne peut y avoir de compréhension , de maîtrise, et encore moins d'assimilation des techniques martiales.

Limité à la seule pratique martiale, l'engagement n'a aucune cohérence, parce que tronqué de son véritable dessein. Motivé par un souci de reconnaissance, d'approbation ou de glorification, l'engagement n'est pas sincère. Il est alors vain et dérisoire et ridicule. .

Pourquoi dans le cadre d'une pratique de l'aïkido traditionnel il n'y a-t-il pas de gens qui critiquent ...

sur internet existent des forums où des pratiquants de fédérations sportives critiquent les professeurs et cadres qu'ils se sont pourtant eux même choisi : pourquoi ne trouve-t-on pas cela dans un dojo et là où l'on pratique vraiment "l'aïkido traditionnel?" ? Est-ce une dictature où les gens ne peuvent pas s'exprimer ? Les professeurs de dojo sont-ils des gourous ? 

Encore une fois, on a là une question qui normalement, ne se pose pas : EPA n'est pas une fédération ; les professeurs qui ont choisi d'y affilier leurs dojo le font pour pouvoir pratiquer en respect du fonctionnement traditionnel.

Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ?

1. L’élève choisi un maître. Le maître l'accepte chez lui comme élève.

Voilà pour la théorie. Tout est dit. Sauf la mise en pratique.
Une fois de plus, il suffit d'éviter d'entourer la pratique d'un art martial, en l'occurrence l'aïkido, de divagations et de fantasmes véhiculés autant par les mangas et les films Hongkongais, que par certains professeurs et nombres de pratiquants.

L’élève choisit un maître. Pour apprendre ce que celui-ci peut lui enseigner de sa discipline, qu'il s'agisse d'aïkido, de peinture, de cuisine, de tricot ou de jeux adultes. Il le choisi parce qu'il l'estime compétent, parce que son enseignement et son fonctionnement lui conviennent.

Il fait ce choix librement, par rapport à ses attentes, ses ambitions.

Le maître accepte un élève parce que ses motivations et son comportement concordent et s'accordent avec sa propre conception de la discipline qu'il enseigne.
Que l'un ou l'autre se rende compte qu'il se soit trompé (ou qu'il ait été berné) et ils n'ont simplement aucune raison de s'obstiner à travailler ensemble !

2. Que le maître ne réponde pas aux attentes de son élève,

qu'il n'agisse pas lui-même avec un respect scrupuleux des règles et des principes qu'il demande à ses élèves d'observer, ou qu'il s'avère être plus soucieux de son égo que de la qualité de sa pratique, l'élève ne peut que faire le choix qui s'impose : partir.

Il s’est trompé (ou a été trompé) dans son choix. Il en prend conscience. Il prend la seule décision sincère et cohérente.

Critiquer son maître est hors de propos : c’est une marque d'incohérence, de superficialité, de manque de courage, et parfois, de motivations plus obscures : jalousie, avidité, soif de pouvoir inavoué, voire d’instabilité mentale,...

Que le maître s'avère être incompétent, ou que son comportement ne soit pas aussi irréprochable qu'il devrait l'être, et un pratiquant sincère n'a pas de temps à perdre en critiques : elles n'apportent rien à son apprentissage, et il n'a pas choisi un maître pour corriger les éventuels ou supposés défauts de celui-ci, mais pour profiter de son enseignement.

L’élève n’est lié à son maître que par la qualité de son enseignement et le respect qu’il lui peut lui inspirer. S’il n'en est pas content, il s'en va chercher un maître qu'il estimera plus compétent.

3. Que l'élève ne respecte pas l'enseignement qu'il est venu lui-même solliciter,

qu'il choisisse de ne pas suivre les instructions ou les recommandations de son professeur, celui-ci n'a d'autre choix que « d'inviter » son élève à quitter définitivement le dojo, et à aller chercher ailleurs ce qui lui convient. Si le professeur est sincère et s'estime compétent, il n'a aucune raison de supporter les critiques d'un élève.

Chacun est libre de venir suivre ses cours s’ils lui conviennent, ou de partir s’ils ne répondent pas à ses attentes.

L’élève a choisi de venir et est tout aussi libre de choisir de partir. .

C'est une différence notable entre un maitre et un gourou, un dojo et une secte.

Le maître n’est pas l’obligé de l’élève. Il n’est lié à lui que par le respect qu’il montre à son enseignement et aux autres pratiquants.

Les consommateurs l’oublient, mais un professeur n’est pas un « produit » à disposition et interchangeable.

Il ne « marquète » pas son enseignement selon les désirs de ses élèves mais propose sa vision, sa conception.

Si son enseignement ne convient pas, l’élève s’en va. S’il reste mais prétend déterminer l’enseignement de son professeur et pervertir ainsi le choix des autres élèves, le maître se doit de le jeter dehors.

4. L'élève qui critique son maître mais reste dans son dojo

est, pour le moins, un imbécile, incohérent et masochiste : sinon, pourquoi continuer à suivre un enseignement dont il ne reconnaît pas la valeur ?

C'est aussi très souvent un pleutre : être sincère et cohérent avec soi-même, assumer ses choix et prendre ses responsabilités demande du courage, et tous n'en sont pas suffisamment dotés.

Parfois, il n'est pas plus bête que couard. Mais simplement malhonnête. Ses critiques ne sont pas motivés par des faits tangibles, mais par son égo et sa jalousie, corolaires nauséabonds de son incompétence : l’élève qui critique son maître sans pour autant s’en détacher agit souvent ainsi parce qu’il estime qu’il n’occupe pas la place qui « doit lui revenir » (sic), dans le dojo ; bien entendu, une place prépondérante, et parfois même la place du maître !

Il « oublie » opportunément que d’une part la place de chacun n’est fonction que de sa propre pratique et de son propre comportement, mais surtout qu’il n’est pas chez lui dans le dojo, mais chez un maître.

Incapable d'affronter son maître directement, il le critique auprès de ses autres élèves, à la recherche d’une oreille bienveillante qui lui donnera peut-être le courage dont il manque ; ce type de fonctionnement est facile à démasquer : les critiques ne se font que loin des oreilles du professeur, ou de ses élèves honnêtes ; le critique prendra soin de ne pas être pousser à assumer ses propres paroles ou ses agissements.

5. Le maître qui garde dans son dojo un élève qui critique son enseignement

soulève des questions quant à sa compétence et ses motivations. S’il est compétent, il n’a aucune raison de ne pas mettre l’élève devant ses responsabilités en l’obligeant à faire un choix : respecter l’enseignement proposé, ou partir ; s’il s'obstine, il le jettera dehors : dans le cas contraire, il permet à ce pratiquant de dégrader l'enseignement qu'il propose à ses autres élèves.

Le maître qui n'agit pas ainsi est soit incompétent, soit malhonnête.

S’il n'est pas en mesure de prouver à l'élève qui le critique qu'il est dans l'erreur, c'est-à-dire martialement puisqu’il ne s’agit pas ici d’enfiler des perles, alors l'élève a raison : il n'est pas compétent et ne mérite pas de respect (et là encore, le pratiquant véritable ne perd pas son temps en critique auprès d'un maître factice, mais s'en va).

S’il est tout à fait en mesure de montrer martialement à son élève qu’il est dans l’erreur, mais qu'il choisit pourtant de le garder, et de le laisser ainsi polluer la pratique de tous les autres élèves, alors, il est malhonnête. Sa vraie motivation n'est pas celle, affichée, de transmettre sa conception de la voie qu'il a choisie, par un enseignement dont il est sincèrement convaincu ; elle tient bien à des considérations

pécuniaires ou de valorisation de son égo et de sa prétention : il garde l'élève pour la cotisation que celui-ci apporte au dojo ; ou parce qu'il est plus motivé par le nombre d'élèves qui suivent ses cours que pour la qualité de la pratique de ces mêmes élèves.

Deux parallèles permettent d'illustrer à quel point cette situation est anachronique.

Dans une classe, le professeur transmet aux élèves acceptés dans l'établissement un enseignement précis et déterminé. Qui défendrait la position d'un élève qui contesterait sans cesse le cours de ce professeur, et perturberait ainsi les études des autres élèves ?

Qui s'offusquerait que cet élève soit d'abord rappelé à l'ordre, avant d'être mis à la porte si il s'obstinait ?

Certains professeurs sont incompétents ; les parents peuvent ne pas avoir le choix, et être obligé de laisser leur enfant suivre ses cours en espérant un meilleur enseignant l'année suivante ; quand ils en ont la possibilité, ils changent simplement leur enfant d'école !

Dans une cuisine de grand restaurant officie un chef, à la tête d'une brigade : sous chefs (ou seconds), chefs de partie, commis, apprentis, stagiaires,... (il n'est pas anodin de noter l'utilisation de termes militaires !).

Les clients qui fréquentent ce restaurant le font pour la cuisine de ce chef, et pas d'un autre, pour sa sensibilité à certains produits, la spécificité de son travail, sa conception de la cuisine et l'expression qu'il en donne à travers ses plats. Les apprentis admis dans ces cuisines viennent y recevoir un enseignement, une formation spécifique à ce chef et de nul autre.

C'est cette formation qu'ils ont sollicitée parce qu'elle vient d'un chef reconnu et respecté. Qui prendrait le parti d’un apprenti qui s’aviserait de changer, de sa propre initiative, une recette ou de modifier une préparation ?

L’apprenti qui agirait ainsi serait rappeler à l’ordre ou immédiatement pousser vers la sortie : d'abord parce qu’il n’est pas là pour proposer sa propre cuisine mais pour comprendre et assimiler celle qu'il est venu apprendre ; et qu'ensuite les clients du restaurant n'ont que faire de ses états d'âme et de sa conception de la cuisine, mais sont venus pour profiter de celle du chef.

Dans une cuisine, les plus chevronnés contrôlent que les moins expérimentés assurent leur mission telle qu’elle leur est demandée, et leur transmettent la formation qu’eux-mêmes ont déjà reçue du chef. C’est d’abord à eux que revient la responsabilité de cadrer les novices et de prévenir les dérapages.

Il en va exactement de même dans un dojo : les deshi secondent le maître, les sempaï guident les kohaï ; parce que de cette manière, chacun poursuit sa propre progression ; la seule véritable hiérarchie est celle de la compétence, et les seules prérogatives sont des responsabilités supplémentaires.

De même qu’un apprenti motivé et passionné n’admettra pas qu’un autre, moins compétent ou moins sérieux, l’empêche de recevoir la meilleure formation possible, le pratiquant sincère ne laissera pas le premier crétin venu lui interdire l’enseignement qu’il est venu solliciter.

6. Pourquoi ce comportement est-il hors de propos en aïkido traditionnel?

Tout simplement parce que l'EPA prône un fonctionnement qui a montré, au cours de plusieurs siècles, sa pertinence et sa cohérence. Le fonctionnement traditionnel de l'enseignement des budos.

Ce fonctionnement, synthétisé par « un maître, un dojo », permet à chacun, maître et élève, de pratiquer, d'évoluer, de progresser, à son niveau, selon ses capacités et ses attentes.

C'est parce qu'il est très précisément codifié et régit par des règles strictes, que ce fonctionnement offre à chacun un espace de liberté dans lequel il peut trouver sa voie. L'élève choisit son maître et peut tout aussi librement décider de s'en détacher si celui-ci s'avère incompétent ou malhonnête ; le maître accepte l'élève qui respectera son enseignement, ses recommandations comme ses directives.

Ils ne sont pas liés sous la contrainte mais simplement par ce que chacun apporte à l'autre : l'élève reçoit un enseignement ; le maître voit en son élève le reflet de sa pratique et la pertinence de son enseignement.

Il n'y a donc, dans cette conception, pas de place pour la critique d'un maître par son élève, simplement parce qu’elle n’a pas lieu d’exister et serait un non-sens.

C'est non seulement hors de propos, mais c'est surtout une perte de temps, et le signe d'une sincérité douteuse.

7. Les professeurs sont-ils pour autant des dictateurs ou des gourous ?

  • « La voie est un cheminement sans fin ».
  • « Le véritable maître est celui qui apprend à son élève à se passer de lui ».

Là encore, tout est dit. Comment un véritable maître pourrait-il être un dictateur ou un gourou ?

Un maître honnête, sincère et compétent n'impose pas ses vues ; sa motivation n'est pas de faire accepter sa conception sous la contrainte : il la propose aux élèves qui la sollicite, et lui demande de la leur transmettre.

Le véritable maître n'oblige pas les autres pratiquants à partager sa conception : mais il refuse simplement que ceux-ci veuillent lui imposer la leur. .

Un professeur n'a besoin de se comporter en dictateur que s’il est incompétent et malhonnête.

Sinon, non seulement la qualité de sa pratique et la probité de son comportement suffisent amplement à s'attacher le respect de ses élèves, mais lui permettront surtout de poursuivre lui-même son propre cheminement.

Car c'est là sa seule vraie motivation. C'est la sincérité et la cohérence de l'enseignement qu'il transmet qui permet au professeur de poursuivre sa propre progression. Soumettre des élèves réfractaires ne lui fait au contraire que perdre son temps, en l'écartant de sa voie.

De la même manière, seul un professeur factice, hypocrite et malhonnête se comportera comme un gourou.

Il ne s'agira alors en rien d'un maître, mais d'un charlatan et d'un imposteur. Les élèves qui le suivront pourront susciter de la pitié, mais que peu de considération. De même qu'un maître a les élèves qu'il attire, ceux-ci n'ont que le professeur qu'ils méritent.

Le professeur sincère n'est pas motivé par l'aveuglement stupide et stérile de ses élèves. C'est là le legs de la pratique martiale, et ce qui illustre l'importance de ce repère : le vrai chef fait en sorte que ses subalternes ne soient pas désemparés et démunis si il venait à disparaître ; sa préoccupation constante est au contraire que sur le champ de bataille, ils soient en mesure de se passer de lui et de poursuivre leur engagement.

Ainsi, en aucun cas le véritable maître ne cherchera à être un gourou, mais bien au contraire, il s'attachera en permanence à donner à ses élèves toutes les compétences, et toute la capacité de jugement nécessaire pour poursuivre leur propre voie. Si le maître n'a pas à accepter les critiques de ses élèves, par définition incompétents (sinon, pourquoi suivraient ils son enseignement ??), non seulement il ne brime pas leur propre conception, mais il s’emploiera à la susciter et à la nourrir.

Parce que c'est de cette expression, qui ne peut être que libre, émancipée, qu'il pourra lui-même nourrir son propre cheminement.

Une nouvelle fois, le parallèle avec l'artisanat illustre parfaitement ce propos : le maître (qu'il s'agisse d'un forgeron, d'un ébéniste, d'un tailleur de pierre ou d'un cuisinier) transmet son savoir, sa conception, à un élève qui sera ensuite lui-même capable, de développer et de proposer une expression unique, nouvelle et riche, à la fois de l'enseignement qu'il a reçu et de sa propre sensibilité.

C’est ce fonctionnement qui marque le perfectionnement et l’évolution constante des budos depuis des siècles, à l’opposé d’une vision figée et dogmatique.
Un fonctionnement qui est à l'exact opposé de celui d'un dictateur ou d'un gourou.

8. Un autre fonctionnement est-il possible ?

Il est non seulement possible, mais aussi plus répandu. Parce qu’il est beaucoup moins contraignant individuellement, qu’il offre la possibilité aux plus ambitieux de briguer postes, charges, honneurs, qu’il permet aux uns et aux autres (élèves et professeurs) de se défausser de leurs responsabilités et de leurs erreurs sur le système, les cadres, les directeurs techniques, les politiques, les parents, les municipalités, la baisse de subvention,…

C’est le fonctionnement sportif des clubs, associations sportives, fédérations. Dans ce système, l’élève critique son professeur, qui dénigre ses cadres, qui eux-mêmes attaquent directeurs techniques ou présidents de commissions, qui incrimineront le manque de moyens ou leur défaut de pouvoir de décision, et pour finir, le système. Que pourtant tous collaborent à nourrir et à faire perdurer en l’état.

Ce fonctionnement permet de produire des athlètes, des champions, des médaillés, mais génère dans le même temps pléthore de cadres et de conseillers, qui en prétendant encadrer et même diriger l’enseignement d’un maître, lui enlève toute légitimité ; et en reportant sur l’élève la responsabilité de l’enseignement qu’il doit recevoir, lui interdit toute possibilité de sortir d’une vision normalisée et standardisée.