Essai sur l’éthique philosophique de l’aïkido

Un article de L. Suzel

Deshi aikido

La source jaillissante… nous donne des indications précieuses sur ce que doit être, ou ne pas être, la voie de l'aïkido ;
malheureusement, pour beaucoup ce ne sont que des paroles vides de sens.



« Je ne fais qu'UN avec l'univers… » - Morihei Ueshiba, fondateur de l’aïki-DO.

DO - en japonais, littéralement : la voie de la réalisation de soi-même…


Kanji do de aikido

Les conventions sociales qui déterminent l'appartenance à une société ou à une autre (ou à une de ses composantes), détruisent l'ordre cosmique de l'univers.
Le réchauffement climatique est un des symptômes mettant en évidence l'éternel orgueil des hommes à se croire supérieurs aux éléments et à la nature.

Enfin… pas tous les hommes, seulement ceux que l’on dit « civilisés », car les peuples dits « sous civilisés » ne participent pas à notre société de consommation à outrance… dite « libérale ». Et c’est la raison pour laquelle ces peuples ne seraient
- vu de la hauteur de notre ego de civilisé
- à peine supérieurs à l’animal.

L'intelligence : un produit du milieu

Il n'y a que les ethnologues et assimilés qui trouvent ces peuples intéressants et luttent contre les civilisations civilisées, qui, non satisfaites d’avoir pillé leurs richesses, déclenchent des génocides pour les faire disparaître… Il en a été ainsi, par exemple, lorsque les anglais donnèrent aux indiens d’Amérique des couvertures contenant du bacille de koch afin de provoquer des pandémies de tuberculose.

Par la suite, avec leurs alliés américains qui avaient exterminé les indiens quelques dizaines d’années auparavant, n’ont-ils pas condamné les nazis pour génocide ?

Sans parler du régime soviétique, de la révolution de Lénine, du stalinisme des années 30, des génocides à répétition, des pogroms, des purges, du goulag, etc…

Cette liste de références historiques n’est bien entendu pas exhaustive !

Force est de constater que ces peuples dits « civilisés » ont de l’expérience et qu’ils savent - de toute évidence - parfaitement de quoi ils parlent en matière d’extermination.

Les civilisations dites « arriérées et peuplées de sous-hommes » selon les critères néolibéraux, respectent la nature et demeurent conscientes de son importance, du plus jeune au plus vieux de leur membre, elles ne prélèvent que ce qui est nécessaire…

On ne peut pas en dire autant de 80% des peuples civilisés qui engagent la planète vers une catastrophe majeure et probablement irréversible.

Pourtant, les conventions sociales sont écrasantes : plus la nation est développée et civilisée, plus son administration est complexe et inhumaine.

Le train de vie américain, par exemple, n'est possible que si l’on met en prison un certain pourcentage de la population incapable de s'adapter à cette société. C’est-à-dire qu’une hausse d’un point de croissance est égale à une augmentation mathématique du nombre de prisonniers. Aussi, les pollutions et les accidents, nuisibles pour l’homme, entrainent mécaniquement une croissance du PIB, par les activités ainsi générées (dépollution, ambulance, hôpital…).

Comment ne pas voir une analogie avec le yin-yang des orientaux, le beurre et l'argent du beurre des occidentaux…

Pourquoi ce bref exposé ? Tout simplement parce ce que le développement de l'aïkido engendre sa destruction à la même vitesse. Il s’agit d’un des enseignements antiques de la sagesse orientale :

« ce que l'on gagne d'un coté, on le perd à vitesse égale de l'autre coté » ;
ou plus simplement :
« si l'on va trop à l'Est, on se retrouve à l'Ouest ».

Si les pratiquants d'aïkido avaient fait leur les paroles du fondateur, ils ne feraient pas les erreurs énormes qu'ils commettent actuellement et qui détruisent l'aïkido.
Comme le démontre l'organisation de l’aïkido au Japon, l'EPA en Europe… il n'y a pas besoin de fédération d'aïkido, cela n'existe pas au japon et pourtant les 3 000 dojos indépendants produisent un aïkido de qualité où vont se ressourcer et se rendre crédibles bon nombre de pratiquants et professeurs européens, qui, une fois revenus dans leur pays, font immédiatement l'inverse, fort de leur crédit et autorité « made in japan » qui éblouit seulement les ignorants ;

c'est normal… comme dirait un capitaliste : « c'est 80% du marché ».

Ce fonctionnement traditionnel est-il une particularité orientale ? Non, car les grands maîtres occidentaux de musique, de cuisine, etc… (Mozart, Bocuse…) n’ont pas créé de fédérations à la disposition des politiques, mais des écoles (des dojos).

On peut choisir d’apprendre l’art de la cuisine de Paul Bocuse, ou pas…

Tout comme on peut choisir d’appartenir à une fédération d’aïkido nationale, ou bien d’entrer dans un dojo d’aïki-DO pour y suivre l’enseignement traditionnel d’un maître autonome.

D'un point de vue marketing et business, il vaut mieux satisfaire 80% du marché constitué des ignorants, flatter le client dans le sens du poil, c'est-à-dire tisser autour de lui un cadre dont il a l'habitude, celui qu'il vit tous les jours à travers des repères occidentaux - judéo-chrétien, scolaire, culturel… - qui n'ont pas leur place en aïkido, car il s’agit d’un Art issu d’une culture où les repères sont fondamentalement différents.


Pour mettre en œuvre cette destruction programmée, en étant sûr du résultat, il convient :

  • d’inventer une fédération nationale (restons entre nous) dont l’aïkido n’a nullement besoin ;
  • de créer une méthode nationale, c'est-à-dire un référentiel permettant d'instituer une norme nationale inventée de toute pièce (cette démarche se situant exactement à l'opposé de celle de l'aïkido) ;
  • de circonscrire la fédération et la méthode, nationales, dans un cadre administratif de type « stalinien » qui inventera une profusion de règles et des conventions sociales fictives, étrangères à l’aïkido et n’ayant comme effet que sa destruction ;
  • de vendre ce « packaging national », parfois teinté de « made in japan », aux « gogos » qui se contentent de suivre le mouvement en faisant croire qu'ils font œuvre originale, c’est-à-dire à ceux qui étudient une discipline orientale en restant dans un contexte franco-français (ce qui revient à dire que plus on met de l’eau dans son vin, meilleur il est....).

Bien évidemment, « les 80% » le constatent, en font les frais, et râlent continuellement contre le système, lequel promet d'améliorer… Ce qui n'arrive jamais, bien au contraire car cela a pour effet de produire plus de coercition, une complexité croissante des règlements, et au final une convention sociale sans intérêt pour le pratiquant, car cela l'encombre, le distrait et l’égare de sa recherche.

Mais à part râler, que font ils ? Rien, ils continuent de cautionner le système en adhérant :  « sinon on va tout perdre ! ».

Par conséquent, il n’y a aucune raison que cela ne continue pas de plus belle, l'administration aïkido affirmant que ce fonctionnement est normal, qu’il s’agit du jeu démocratique du moment, que tout le monde paie son adhésion, qu’il n'y a aucun danger, etc…

Alors, ce mutisme collectif fait le jeu de l’administration aïkido, la renforce, la cautionne dans son rôle d’arbitre fiable et raisonnable, la conforte en tant qu’instance honnête… et surtout incontournable, et enfin, lui permet de maintenir une cohésion autour d’une double absurdité de forme et de sens d'un point de vue aïkido.


L'adminsitration n'a qu'un but : le pouvoir

Il en est de même en matière d’Etat et de gouvernement, en temps de paix, lorsqu'il s'agit de perpétuer un fonctionnement établit, une administration obtient le pouvoir qu’elle occupe en produisant ce pourquoi elle existe, c’est-à-dire en créant des conventions sociales illusoires et inutiles.

Et lorsque le bon peuple se révolte, lorsqu'il y a une guerre, lorsque les conventions sociales ont été poussées à l'absurde et ne permettent plus la cohésion, alors l'administration disparait et laisse la place à des hommes hors du commun: De Gaulle, Churchill, Jésus, Bouddha… pour qu’une fois les esprits calmés et les « choses » rentrées dans l’ordre, elle puisse renaitre de plus belle en semant les germes du prochain conflit majeur.

Les philosophes, dès l'antiquité, l'ont très bien compris : ils incitaient leurs élèves à des exercices visant à se moquer des conventions sociales, comme par exemple faire l'amour en public, etc…

L’objectif était de faire comprendre que si tout ce que les conventions sociales réprouvent et parfois même punissent, permet à une société de vivre, elles ne représentent pas la réalité universelle car elles ne sont que des épiphénomènes humains sans intérêt, sans importance, empêchant tout développement personnel et connaissance de la réalité humaine et universelle.

On a brûlé et torturé des savants (comme des individus normaux) parce qu'ils avaient le tort d'être en avance sur leur temps, de penser différemment, nous apprenons cela à l'école… Pourtant lorsque l'on examine le comportement des aïkidokas, le fonctionnement de leur(s) fédération(s) et l’attitude de leurs responsables, il ne leur manque souvent - à ces grands humanistes démocrates colporteurs de la pensée unique - que le bûcher ou le goulag !

Preuve que malgré l’instruction, l'éducation… les comportements humains n’ont pas beaucoup changés en quelques siècles.
Pour en revenir à l'aïkido et aux aphorismes de O Senseï (…. je ne fais qu’un avec l’univers…), le pratiquant d’aïkido ne perd pas son temps à appliquer des directives fédérales qui l'éloignent du DO, de sa recherche de la voie de l'aïkido, il ne perd pas une minute avec cela.

Vous ne trouverez pas de pratiquant d’aïkido dans une fédération agréée et homologuée avec un label de type « poulet du Gers » ou « élevé en plein air par J&S ». Mais dans un dojo, avec son professeur, ignorant les conventions sans intérêt pour la discipline, ne se souciant pas de plaire ou de ne pas plaire, détaché de la soif de pouvoir ou des intérêts financiers...

L'aikido une voie universelle

Par l'exercice, le pratiquant d’aïkido étudie ce qu'il y a d'universel et sa vraie nature, afin de s'identifier à l'univers et de devenir partie intégrante de celui-ci.
Puis, il tend à dépasser sa condition de mortel limité, soumis, esclave de l'illusion des conventions sociales.

La religion, en se positionnant comme l’architecte du dépassement de la condition humaine (en affirmant : c’est notre affaire…) a également contribué à cette décadence et à ces comportements erronés.

Quelques siècles après Galilée, brûlé par l'église et les bien-pensants pour s'être opposé au consensus social de l'époque, on observe les mêmes comportements lorsqu’il s'agit d'aïkido, excepté que les mêmes conventions sociales nous empêchent de brûler l'impudent.
Ce dernier point est notre seul progrès, car l’humain lui n’a pas changé… « Et pourtant elle tourne… ».

Les mêmes phrases dans la bouche de O Senseï, lui donnent une réputation de sage ou de philosophe, alors que l'on a rien comprit au fondement de ces propos. C'est justement cette ignorance, combinée à sa réputation, qui donne un poids à ces paroles que bien peu d'aïkidokas comprennent et mettent en pratique. Dans la bouche de quelqu'un de moins connu, la conclusion serait sans aucun doute : « il débloque ». Il est d’ailleurs facile d'en faire l'expérience.

Tout le monde connaît l'histoire de l'aïkido, le discours de l'aïkido, et cela en reste là, la pratique « des 80% » n'étant que l'observation des conventions sociales de leur administration.

Ils ne sont que des historiens - voire des techniciens - de l'aïkido.

C'est pourquoi ils ne se distinguent en rien de « monsieur tout le monde », d'où les contradictions et incohérences énormes entre les actes et les discours.

C'est exactement l'inverse du message et de la voie tracée par O Senseï.

Bien peu de pratiquants d'aïki-DO en font un art de vivre et un objectif de vie, c’est pourtant la seule solution pour parcourir la route du DO.
Ceux-là, n'ont pas la même approche, ils se moquent des conventions administratives et sociales, ce qui a pour effet de choquer ceux qui se font un point d'honneur à faire l'inverse car ils ne sont pas prêts à les entendre.

Alors, pour ce qui est de les comprendre…

« Les principes et les préceptes, en un mot, la morale conventionnelle, inutiles dans l’âge du bien spontané, furent inventés quand le monde tomba en décadence, comme un remède à cette décadence. L’invention fut plutôt malheureuse.
Le seul vrai remède eût été le retour au principe primitif. »
« Sous l’effet de l’entropie, tout système, au bout d’un certain temps, fait l’inverse de ce pour quoi il est créé.
Avec le temps, tout poste sera occupé par les épaves du système, incapables d’en assumer la responsabilité. »

« Connaître les autres, c’est sagesse, mais se connaître soi-même, c’est sagesse supérieure, la nature propre étant ce qu’il y a de plus caché.

Imposer sa volonté aux autres, c’est force, mais se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure, les passions propres étant ce qu’il y a de plus difficile à dompter.
Se suffire, être content de ce que le destin a donné, est la vraie richesse, se maîtriser, se plier à ce que le destin a disposé, est le vrai caractère. »

« Comme un sentier est formé par les pas multipliés des passants, ainsi les choses finissent par être qualifiées d’après ce que beaucoup en ont dit.
C’est ainsi, dit-on, parce que c’est ainsi ; c’est un principe. Ce n’est pas ainsi, dit-on, parce que ce n’est pas ainsi ; c’est un principe.

En est-il vraiment ainsi dans la réalité ? Pas du tout. »

« Que savez-vous du principe ? Rien, je l’ai cherché, dit Confucius, durant cinq années entières, dans les formules et les nombres, sans le trouver. Puis durant douze années dans le yin / yang, également sans résultat. Cela ne m’étonne pas fit Lao-Tan. Si le principe pouvait se trouver ainsi, il figurerait depuis longtemps parmi les cadeaux qu’on se fait entre amis. La connaissance du principe ne se trouve ni ne se communique facilement. » Sagesses orientales


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