Aïkido "Un Maître un dojo" principe d'un dojo

L’auteur : Benoit uchi deshi du dojo de bourg en bresse


Benoit


En fait si on a compris sempaï / kohaï cet article est inutile. Sauf que comme d'habitude ¨la pratique est très souvent contradictoire avec la théorie. Les incohérences humaines sont légion. Dans un art oriental on ne peut avancer que si l'on est cohérent.
Comme le fondateur de l'aîkido n'a cessé de le clamer et l'enseigner toute sa vie :

"l'aikido est un art, c'est l'inverse d'un sport".

il suffit d'aller sur internet pour voir que certains prétendent faire de l'aikido dans un club et une fédération sportive...

Comment peut on être à ce point ignorant et incohérent ?

De la théorie à la pratique 1

Rappel:
"Un maître un dojo" une notion sans laquelle l'aïkido traditionnel n'existe pas est souvent mal compris, voir ignoré, d'où l'étude de cas pratiques locaux ci-dessous.

Benoit.

"Nous sommes 4 dojos EPA dans telle région.
Est-ce une bonne idée de faire des cours en s'invitant mutuellement (le prof d'un dojo vient faire cours chez nous et vient avec ses élèves et quelques temps plus tard, on inverse, etc.) pour dynamiser un peu les dojos de la région ?"

Comme à tant d'autres, répondre à cette question passe par un simple rappel des principes et des repères qui balisent et encadrent le fonctionnement de l’aïkido traditionnel. Surtout, elle nécessite d'illustrer la théorie (déjà sujet d'une abondante littérature et d'innombrables ressources), d'exemple concrets et pratiques.
Cette question en soulève en fait plusieurs.

1. En premier lieu, les professeurs de ces dojos ont-ils le même maître ?

« Un maître, un dojo ».
« Un professeur ne s'adresse qu'à ses élèves ».

La théorie.

  • C’est ainsi qu’un maître respecte le travail d’autres professeurs, et le choix de leurs élèves.
  • Ne pas le faire, c’est faire preuve d’une arrogance incompatible avec la pratique et la finalité de l’aïkido ;
  • c’est se poser en supérieur des professeurs d’élèves qui ne sont pas les siens.
  • En d’autres termes, exactement comme de dire à ces élèves : « votre prof n’a rien compris, je vais vous expliquer ce qu’est vraiment l’aïkido ».
  • Un maître ne s’adresse aux élèves d’un autre professeur que sur l’invitation de ce dernier, parce qu’il a été sollicité, invité à transmettre son enseignement dans un autre dojo.

En pratique. Un professeur de dojo est lui même élève d'un maître (il est uchi ou soto deshi), et suit donc l'enseignement particulier de ce maître.

Parce qu'il a acquis suffisamment d'autonomie, il est lui même capable de prendre en charge un dojo, dans lequel il transmettra cet enseignement particulier, tout en développant sa propre sensibilité, sa propre conception, sa propre expression de la discipline.

C'est cet enseignement que sont venus chercher ses élèves. Si les professeurs des dojos voisins n'ont pas le même maître, ils ne suivent donc pas -et transmette pas à leurs propres élèves- le même enseignement.

Dans ce cas, la réponse est simple : ils n'ont raison de travailler ensemble, parce qu'alors, chacun « polluerait » l'enseignement qu'il propose à ses élèves d'un enseignement différent. Les professeurs de dojo qui choisissent de rejoindre epa-ista ne le font pas pour intégrer une fédération où l'on prônerait un enseignement unique, mais au contraire pour avoir la possibilité de proposer leur enseignement propre, unique, personnel, auprès des élèves qui les ont choisis.

Ainsi, solliciter directement l’élève d’un autre professeur sera compris au minimum comme le signe d’une totale méconnaissance des repères de l’enseignement traditionnel, au mieux comme une marque d’impolitesse, au pire de mépris.

Le pratiquant traditionnel ainsi approché répondra simplement à ce « maître » qu’il ne l’a pas choisi, n’a pas sollicité ses « compétences », et l’inviter à s’adresser à son propre professeur.

Celui-ci pourra diplomatiquement inviter le professeur fautif à plus de retenu, ou plus directement à venir prouver le bien fondé de son arrogance sur le tapis.

Si les professeurs de dojo voisins ont tous le même maître, ont-ils forcément des raisons de travailler ensemble ?

2. Ont ils des affinités ?

Nous étudions et pratiquons l'aïkido. C'est notre point commun. Pour autant, ce point commun est-il suffisant pour que nous entendions ; ce point commun implique t'il forcément que nous avons la même sensibilité, la même vision des choses, la même conception de la discipline, les mêmes attentes et les mêmes « ambitions ».

Nous savons tous, d'expérience, que ce n'est pas le cas.

Pourquoi devrait il en être autrement, parce que nous parlons d'aïkido, que concernant n'importe quelle autre activité ? Les soto deshi d'un même maître n'échappent pas à cette réalité. Si ils ne s'apprécient pas et n'ont aucune affinité, ils n'ont donc aucune raison de faire « comme ci » vis à vis de leurs élèves respectifs, en leur proposant de suivre le cours de quelqu'un dont ils ne partagent pas forcément les conceptions.

3.Qui est le Sempaï et qui est le Kohaï ?

« Fonctionnement traditionnel ».
L'expression est connue de tous ; tout au moins en théorie
.

Elle signifie que ceux qui y adhérent choisissent de respecter les principes et les repères de la pratique et de l'enseignement traditionnels.

Encore une fois, que signifie t'elle concrètement ? Parmi ces repères, ceux qui codifient et balisent les relations entre pratiquants.

Chaque élève à une place dans le dojo de son maître. Cette place est le résultat de son ancienneté (en d'autres termes, du chemin qu'il a déjà parcouru -ou est censé avoir déjà parcouru- sur la voie), mais aussi, et surtout, de son comportement : de ce qu'il fait, de la cohérence et de la rigueur de sa pratique, de sa connaissance de sa discipline et de ses repères.

Le plus ancien, le Sempaï, à des prérogatives, mais surtout des devoirs. Le plus jeune, le Kohaï, est par définition moins expérimenté ; il respecte donc le sempaï qui l'aide à progresser en mettant à sa disposition son expérience et ses connaissances.

Traditionnellement, cette place se symbolise par le salut : le kohaï va au devant de son sempaï pour le saluer, s'incline en premier et se relève en dernier.

Et dans la pratique : le sempaï va au devant d'un kohaï pour l'inviter à pratiquer et non le contraire. Mais le cérémonial n'est que le symbole, pas la finalité.

Le but est de rappeler en permanence -parce que l'expérience montre que « l'oublie » est aussi rapide qu'incessant- que cette place implique beaucoup plus de devoirs que de droits et de prérogatives. Quand un sempaï invite un kohaï à faire un cours à ses élèves, en début de cours, le kohaï va saluer le kamiza, son sempaï, puis les élèves ; il fera de même en fin de cours. Le kohaï n'invite pas son sempaï comme aïte, pour montrer une technique, mais choisira un de ses élèves. Ce sont des symboles.

Rien de plus. L'objectif lui, est beaucoup plus important : il est indispensable que chacun sache quelle est sa place. En cas de problème, qui est responsable ?

Si le professeur qui donne cours a un doute, a t'il un sempaï auprès de qui s'adresser pour avoir précision ou explication ? Si celui qui fait le cours corrige un élève de son sempaï, comment peut être compris ce geste : le kohaï corrige t’il l’élève, ou à travers lui, son professeur, qui n’est autre que son sempaï ?

Une fois de plus, les repères, en particulier symboliques, ne sont en aucun cas une finalité, mais remplissent une fonction précise et importante : rappeler

à chacun quelle sa place exacte, et par là, le placer dans les meilleures dispositions pour progresser. Le kohaï qui anime un cours dans le dojo d'un sempaï ne vient pas pour y prodiguer l'infinie grandeur de son savoir ; c'est au contraire une occasion supplémentaire qui lui est donnée d'apprendre et de progresser.

« Oublier » ces repères équivaut à dire que tout le monde, ne serait ce que le temps d’un cours, est à égalité, a une pratique, une expérience et des compétences équivalentes. Exactement l’inverse de ce qu’apprend la pratique de

l’aïkido, qui montre que chacun est différent, tant dans sa pratique que dans ses motivations.

"La nature des êtres étant diverse, leur goûts ne sont pas les mêmes. Même entre hommes, il y a des différences, ce qui plaît aux uns ne plaisant pas aux autres. Aussi les anciens sages ne supposaient-ils pas à tous les hommes la même capacité, et n’employaient-ils pas n’importe qui pour n’importe quoi. Ils classaient les hommes d’après leurs oeuvres, et les traitaient selon leurs résultats. Cette juste appréciation des individus, est condition de tout succès." sagesse orientale.

Ainsi, est il possible d’organiser des cours « tournants » à quatre dojos ? Si les professeurs de chacun de ces dojos connaissent et acceptent leur place, sont capables de s’en remettre au sempaï pour éclairer un point technique, clarifier une question théorique,… Si chacun est capable de respecter les repères qui font le fonctionnement de l’aïkido traditionnel. Si chacun est capable de comprendre cette initiative non comme une occasion de briller auprès d’un public plus nombreux mais au contraire de se confronter à d’autres pratiquants, et donc de nouvelles difficultés, une occasion d’apprendre et donc de progresser,… Si chacun est en mesure d’accepter un regard qui peut être critique sur ses propres élèves, et donc sur son enseignement, non comme une démarche malveillante mais au contraire honnête et sincère,… alors, oui, il est possible d’organiser ce type d’initiative ; chacun se rendra compte aisément qu’il existe de nombreux risques de dérapages, et donc d’arriver à un résultat exactement inverse à celui espéré. Il n’est donc pas possible de répondre à cette question dans l’absolu : la réponse est intimement liée à chaque cas particulier et appartient donc aux professeurs concernés : ce qui peut très bien fonctionner quelque part, peu s’avérer irréalisable quelques dizaines de kilomètres plus loin.

Enfin, quand toutes les conditions sont remplies, il convient de se poser une question qui n'est pas spécifique à l'aïkido.

4. Est ce que la solution préconisée est la meilleure pour obtenir les résultats visées ?

Le but est de « dynamiser » les dojos de la région ». Que les professeurs respectifs des dojos s'invitent mutuellement peut être une très bonne solution, non seulement pour permettre à leurs élèves de rencontrer d'autres pratiquants, mais aussi pour organiser une action de promotion. Encore convient-il d'en peser le pour et le contre avant d'initier ce type d'action.

Lister les avantages et les inconvénients d'une « opération », qu'il s'agisse de promotion ou de pratique, n'est en aucun cas superflu.

Nous n'avons pas à attendre notre dîner de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger
mais du souci de leur propre intérêt.

- Nous ne comptons pas sur leur "altruisme" mais sur leur "égoïsme"...

- Seul le mendiant choisit de dépendre de la charité de ses concitoyens

J. Neyrinck.