Aïkido traditionnel Bressan 01 : un peu de philosophie orientale.

La pratique d'un sport implique le respect des règles sans changer son comportement.

Alors que la recherche du "do" en aïkido a pour objectif d'optimiser et d'améliorer sans cesse son comportement pour devenir un jour un aïkidoka.

Alain Peyrache.

Mais parlons de yin yang. On ne dit pas yin (ura) et yang (omote), cela traduirait une incompréhension de cet aspect de la philosophie orientale, car l'un ne peut exister sans l'autre.

L'un n'existe pas sans l'autre :
les montagnes créent les vallées ; pas de montagnes pas de vallées.
Ce sont les honnêtes gens qui créent les bandits : quand vous définissez le statut des honnêtes gens, vous définissez en même temps le statut de ceux qui ne sont pas honnêtes.
Créer l'un c'est en même temps crée l'autre:
Si la main à une paume elle a obligatoirement un dos, etc.

Les premiers écrits qui font mention de yin yang datent du IIIe siècle avant Jésus-Christ. Pourtant ces notions sont bien antérieures et remonteraient aux premiers astronomes chinois.

Ce n'est pas facile de parler de cet aspect de l'enseignement d'Alain Peyrache.
Ce symbole est fréquemment utilisé non seulement par les pratiquants d'aïkido, mais par des bijoutiers, des surfeurs, etc. Son esthétique y est certainement pour quelque chose.
Le langage symbolique et les symboles orientaux traduisent des enseignements. L'avantage est qu'on n'a pas besoin de connaître la langue.
Ne pas maîtriser ce langage symbolique indique l'incompétence et l'ignorance. C'est pourquoi très fréquemment on trouve ce symbole accompagné d'un délire judéo-chrétien (le blanc serait le bien le noir le mal...), même par des maîtres japonais
  • -- paradoxe incroyable!
  • -- chargés de nous enseigner leur culture.

Imaginons des pratiquants d'aïkido qui pour évaluer les compétences de leur élèves comme à l'éducation nationale demanderaient des listings de technique "les unes Omote et les autres ura"?

Eh bien les certains sportifs de l'aïkido n"hésitent pas à le faire ce qui en dit long sur leur incompétence... Si vous récitez des listings de techniques omote ura dites que vous faites du sport mais surtout pas de l'aïkido...

Me Tamura d'ailleurs répétait souvent qu'il ne fallait pas parlez de techniques omote et de techniques ura que c'était une source d'erreur... Les gens qui se disent leur héritier n'ont visiblement pas entendu ou pas compris
Mais quand ne sait pas faire autre chose...
Pourquoi ?
tout simplement parce que cela rassure les gens qui n'y connaissent rien et qui croit bien faire en singeant l'éducation nationale à l'origine de leur formatage comme élèves et jamais bien sur été formé comme professeur. D'ailleurs combien de professeur on quitter la cours de récréation comme élève le jour où ils ont réussit leurs examens pour se retrouver sans formation pédagogique professeur le lendemain de leur réussite...

Avoir les connaissances sans être pédagogue???
économie oblige le mammouth coute trop cher...

"On a tous connu -- on connaît encore -- par le langage de certains aïkidokas, des techniques dites "positives" d'autres dites "négatives". Cela colle parfaitement avec notre culture dichotomique. D'où une production de listing technique avec des techniques positives (omote) ou négatives (ura). C'est sûr, cela fait très électronique, très savant, pour faire spirituel rajoutons les notions de bien et de mal etc. Poussons le coté médical "l'aikido serait un art psycho somatique" ça fait sérieux et savant... mais c'est complètement absurde un délire d'européens et n'a aucun rapport avec la philosophie orientale."

Le politicien incompétent, le syndicaliste verbeux et l'écrivain décadent représentent bien mieux la majorité silencieuse que le mathématicien rigoureux ou l'ingénieur austère.

L'incompétence technique n'est pas un inconvénient s'il s'agit de représenter des ignares. En fin de compte, la médiocrité intellectuelle, l'étroitesse des vues et l'ignorance scientifique sont autant d'atouts pour un homme politique qui désire incarner les masses.

J. Neirynck.

À ce symbole du Taïki, Alain Peyrache préfère celui du Hotou, bien moins utilisé mais bien plus parlant. C'est pourquoi nous le retrouvons sur toutes les productions du dojo. Avantage sur le précédent, il montre que tous les aspects de la manifestation ont pour origine le non manifesté, le té. (voir le trait didactique d'aikido traditionnel du même Alain Peyrache)

Combien de professeurs d'aïkido vous diront en parlant de votre aïkido "c'est bien", "c'est mauvais"? En aïkido traditionnel, cela n'a aucun sens. Dire que quelque chose est bon ou mauvais -- concept judéo-chrétien -- repose sur la comparaison, et est le concept personnel que vous vous faites du bien avec ce que vous voyez.

Votre conception personnelle du bien vous est propre, elle n'appartient qu'à vous, chacun à la sienne. Donc lorsque vous dites c'est bon ou mauvais, vous exprimez votre subjectivité propre, ce qui n'a aucun intérêt. Ce n'est qu'un point de vue: "le votre".

Fréquemment on dira aussi "cet élève a le niveau de shodan !" Là encore c'est une tournure purement occidentale qui n'a aucun sens en aïkido traditionnel. Certains "passent même leur hakama" alors qu'ils sont simplement habillé comme doit l'être n'importe quel pratiquant...

C'est du langage de sportifs, du formattage occidental comme précédemment. En effet, lorsqu'on parle de niveau, on a un étalon en tête. Là encore, ce n'est qu'un point de vue personnel, qui change d'un individu à l'autre. Où est le niveau de quelqu'un qui passe un hakama??? pourquoi même un non pratiquant ne se pose même pas cette simple question de bon sens?

La pratique de l'aïkido traditionnel et la culture traditionnelle nous apprennent que la qualité ne se mesure pas, elle s'apprécie. Prenons un exemple en musique dire que Chopin a le niveau de Bach, cela n'a aucun sens. Seuls les sportifs mesurent des performances afin de comparer, et de voir qui est la vedette, le meilleur, celui qui a le record.

C'est pourquoi un sportif définit les conditions d'une performance, une norme, afin de pouvoir les comparer et les gérer dans le temps.

En aïkido c'est exactement l'inverse : chaque individu étant différent, il pourra, tout en respectant les fondements de l'aïkido, exprimer sa propre personnalité, comme le ferait un peintre, un musicien, ou n'importe quel artiste.

D'ailleurs le fondateur de l'aïkido n'a-t-il pas dit très modestement : "Je suis parvenu qu'au premier stade de l'aïkido, j'espère que d'autres iront plus loin... ».

C'est ce qui fait la richesse des arts martiaux japonais où les hommes exceptionnels, comme le fondateur de l'aïkido, ont pu créer des disciplines martiales particulièrement intéressantes.

Le sport avec sa norme donne une pratique figée, stéréotypée, qui ne correspond à personne et qui n'a aucune chance d'évolution. Dans un tel contexte, la seule évolution possible d'un point de vue aïkido est uniquement politique : le dernier compromis fédéral.

De la connaissance de la philosophie de l'aïkido dépend directement la qualité de la pratique.

On ne parle pas de bien et de mal, de niveau, de positif et de négatif, etc. comme nous l'enseigne le Hotou ou le Taïki.

On trouve ce symbole couramment employé par des auteurs aux spécialités diverses entre le premier et cinquième siècle avant Jésus-Christ : calendriers, musique, géographie, saison, théorie politique, philosophique, divinatoire, médicale, etc.

les astronomes chinois avaient une mission délicate importante. Ils étaient chargés de la confection du calendrier qui réglait tout : irrigation artificielle, prévisions des pluies, mousson, etc. Toute erreur était sanctionnée. On raconte que deux frères, Hui et Ho, furent condamnés à mort pour n'avoir pas su prévoir une éclipse de soleil. N'oublions pas qu'avant l'époque du Christ, chaque village possédait un sismographe. Cette société, à 90 % agricole, devait générer une tradition qui, encore de nos jours, est employée dans divers domaines, à commencer par l'aïkido traditionnel.

Agriculteurs, ils s'aperçurent très vite que rien ne se produisait sans le ciel, le soleil, la pluie etc. donc il fallait très vite savoir comment cela s'organisait, et quelles étaient les lois qui régissaient tout cela. La dualité n'était qu'apparente ; aussi n'ont-ils jamais classé les choses en famille, en genres, comme nous, mais ils ont essayé de comprendre les interrelations entre toutes les choses. Certaines évoquant le yin, par rapport à d'autres moins yin qui évoquaient plutôt le yang. Prenons un exemple : le nord est de nature yin par rapport au sud qui est de nature yang. On peut dire que Paris est plus yin que Marseille. Mais Paris est plus yang que Bruxelles. Yin yang, omote ura, le principe est le même. Nous ne sommes pas habitués à cette évolution dynamique, c'est pourquoi très souvent en aïkido on trouve des listings des techniques omote, des techniques ura, bien figées. Cela correspond parfaitement à notre formatage occidental, mais c'est une mauvaise compréhension du principe oriental yin yang. On comprend l'absurdité de ceux qui classent les choses en yin et en yang. Tel aliment est classé yang, l'autre est classé yin, et vous obtenez la macrobiotique, une théorie japonaise inventée par Georges Oshawa, basée selon lui sur la médecine orientale. Ce n'est pas parce que l'on est japonais et que l'on affirme ce qui précède que c'est forcément juste. La preuve !

Ce genre de raisonnement primaire pourrait faire dire que les Européens sont tous des spécialistes de mathématiques quantiques... car cette invention est occidentale ! De la même façon, tous les orientaux ne sont pas des spécialistes de la philosophie orientale ou de l'aïkido.

Cette méconnaissance du principe yin yang nous a valu des décennies d'aïkido où nous avons pratiqué des techniques positives, d'autres négatives, etc.

"Dire que la pensée chinoise n'est pas cartésienne est une évidence. Dire qu'elle est irrationnelle est une sottise." Inna Bergeron

La civilisation occidentale positiviste, matérialiste, analytique, qui évoque le yang par rapport à la pensée orientale, a un alphabet très abstrait qui ne représente aucune réalité mais des signes conventionnels. L'orient très synthétique, où le hasard n'existe pas, où tout est dans les interrelations entre êtres et choses, a une écriture très concrète où l'on dessine la réalité. Normal qu'un oriental procède de la même manière pour la compréhension de ce qui l'entoure.

Venons-en maintenant à la signification du mystérieux couple yin yang, qui n'a pas notre sens que le coté éclairé yang, et le coté à l'ombre yin. Étudions ces deux caractères :

Le Taïki ou le Hotou nous expliquent que tout ce qui parait différent dans ce qui existe n'est ni plus ni moins que le jeu du yin yang, et que la proportion de l'un et de l'autre explique cette diversité. L'étude des arts traditionnels orientaux, dont l'aïkido traditionnel, ne consiste pas à compiler des listings de techniques pour montrer que l'on est très savant

  • — ce que font les gens qui n'ont rien compris à cette discipline, et qui expriment leur formatage occidental scolaire, universitaire, dans l'aïkido
  • — mais à observer, et travailler ce qu'il y a de commun dans toutes ces techniques. Autrement dit, comprendre le principe yin yang. L'objectif de seulement collectionner les manifestations du yin yang est une tâche infinie, complètement stupide, et qui ne mène à rien.

Ce que la sagesse orientale traduit par

"vous avez compris le principe yin yang sans sortir de chez vous, vous connaissez le monde entier ; vous parcourez le monde entier sans connaitre le principe yin yang, vous n'aurez rien compris."

Malheureusement notre éducation occidentale nous formate pour la mauvaise solution, c'est ce qui fait toute la difficulté des pratiquants d'aïkido. Etre capable d'aborder les autres cultures en oubliant la notre est vraiment très difficile.

Attention de ne pas prendre dans les grandes traditions que ce qui ne dérange pas nos habitudes (Danielou.A)

"C'est pourquoi l'étudiant d'aïkido qui s'attend à trouver un sport est complètement désorienté. Par contre celui qui veut s'enrichir intellectuellement, avoir un développement personnel, c'est une voie incomparable. Comme un miroir, l'aïkido nous renvoie notre image. Et celle-ci ne nous plaît pas toujours, alors certains choisissent la fuite : ils arrêtent pour un prétexte quelconque, alors que d'autres n'en sont que plus motivés, voyant toute la richesse qui les attend. Là encore on retrouve le jeu du yin yang. Le constat que faisait bouddha :"

  • l'œil mental de l'homme est comme un lotus :
  • "Certains dont l'œil mental est, comme certains lotus, sous la vase : même en nettoyant ils ne comprendront rien à la doctrine.
  • D'autres affleurent la vase : pour ceux-là il suffit de nettoyer pour qu'ils comprennent.
  • D'autres sont au-dessus de la vase : il n'est pas besoin de leur expliquer la doctrine."